Photo d'un bibliothécaire colombien et d'un Farc ensemble
Cohésion sociale - 12 mars 2018

Walter : « En Colombie, la bibliothèque nous rend plus forts »

Walter habite le village de Santa Maria, à proximité de l’un des campements de démobilisation des Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC, dans une région encore fortement touchée par le conflit et où de nombreux groupes armés sont toujours en activité. Au milieu du village, une bibliothèque facilite le dialogue entre les habitants, marqués par plus d’un demi-siècle de lutte.

C’était il y a un an. Suite à la signature des accords de paix entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les anciens combattants, vingt Ideas Box ont été installées par Bibliothèques Sans Frontières dans des régions reculées et isolées du pays, autrefois contrôlées par les FARC et longtemps délaissées par le gouvernement. Dont l’une à Santa Maria, où Walter est un membre actif du Groupe d’Amis de la Bibliothèque. En partenariat avec la Bibliothèque Nationale de Colombie, ce projet a pour ambition la réconciliation nationale et la construction de la paix.

Si la population du village ne voyait pas favorablement la mise en place du campement de démobilisation des FARC, Walter nous raconte comment cet « espace de culture » a joué un rôle important dans l’acceptation et la résolution de conflit en amont par la mise en place d’un travail communautaire et social impressionnant.

« En Colombie, nos activités quotidiennes sont routinières, beaucoup travaillent dans les champs. Avant l’arrivée de la bibliothèque de Santa Maria, les gens du village ne savaient pas quoi faire de leur temps libre, ils trainaient. Maintenant, certains d’entre eux viennent à la bibliothèque, regardent les livres et peu à peu s’approprient l’espace, voire commencent à s’impliquer.

Une bibliothèque est un espace de culture où peuvent naître des opportunités. Un espace ouvert sur le monde pour améliorer son avenir. Elle nous rend plus forts. De nombreux livres nous aident par exemple à améliorer notre situation, notamment la gestion des revenus de nos récoltes agricoles. Absolument tout peut se trouver dans la bibliothèque, il faut juste nous en rapprocher et chercher.

En seulement un an, nous avons vu des changements impressionnants. Surtout auprès des enfants qui se sont appropriés la bibliothèque de manière incroyable ! Les graines que nous avons plantées chez eux donnent déjà leurs fruits. Bien évidemment, la bibliothèque de Santa Maria est très récente, mais les progrès sont déjà immenses.

Photo d'une jeune fille qui danse

Je pense à cette jeune fille, Camilla. À l’ouverture de la bibliothèque, elle avait beaucoup de problèmes comportementaux, liés à certains traumatismes psychologiques et familiaux. Pousser la porte avait déjà été difficile pour elle, la nouveauté l’impressionnait. Elle ne disait par exemple pas bonjour, elle répondait comme elle le voulait aux gens. Camarades de classe, professeurs, habitants : elle n’épargnait personne. De fait, elle se sentait seule et rejetée. Aujourd’hui, grâce à un travail de confiance régulier, elle participe activement aux événements de la bibliothèque, auprès des plus petits notamment. Sa mère est même venue demander un jour à Sandra, la bibliothécaire, ce que nous avions fait à sa fille. Bien évidemment, son changement de comportement n’est pas dû au seul fait de la bibliothèque, mais celle-ci y a grandement contribué. Parfois, il arrive à Camilla de s’absenter une semaine mais elle revient toujours. Aujourd’hui c’est une jeune fille qui sourit, qui salue et qui s’adapte.

Pour les enfants, la bibliothèque est une seconde maison, la bibliothécaire une seconde mère. Les adultes, eux, viennent de temps en temps, de manière régulière. Concernant les adolescents, il a été plus difficile de les faire venir. Pour les attirer, nous avons eu l’idée de créer un groupe de danse et de théâtre. Et effectivement, les jeunes entrent maintenant plus spontanément. Parmi eux, certains arrivent avec leurs problèmes personnels, comme leur addiction à la drogue. Même si nous n’avons pas réussi à faire disparaître le problème, leur consommation a toutefois quelque peu baissé. Car maintenant, ils ont quelque chose à faire.

La bibliothèque de Santa Maria a créé et recréé de la confiance entre les gens. Les choses commencent à changer. Des fois, j’imagine cette bibliothèque dans un an, dans 30 ans. Quand j’aurai 70 ans, assis sur une petite chaise de cette bibliothèque avec mon livre, à me dire : ‘Nous y sommes arrivés, nous avons fait cette bibliothèque, nous l’avons fait !’ »

Photo d'une Ideas Box portée par les Colombiens

Depuis 2007, Bibliothèques Sans Frontières agit sans relâche pour favoriser l’accès à l’information et à l’éducation auprès de celles et ceux qui en sont privés – des camps de réfugiés au Bangladesh aux territoires ruraux en France – et faire du droit à la culture un droit fondamental de l’être humain. En treize ans, l’association a touché plus de six millions de personnes dans cinquante pays.

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